Cher Journal,
J’avoue que les dernières semaines m’ont semblées quelque peu éprouvantes à certains égards. Je me réjouis de n’avoir aucune raison concrète de me plaindre, et que de façon générale, tout aille bien.
Aujourd’hui, la journée a débuté d’une drôle de façon. Et oui, comme tu le sais déjà, ma sœur s’est disloqué la clavicule la il y a environ une semaine et demi, alors qu’elle était allée glisser en tube au Mont Avila avec son copain et des amis. La pauvre a commencé le cégep lundi de cette semaine. Je ne l’ai pas tellement vu depuis, mais ce matin, elle partait avec moi, je jouais le taxi jusqu’au terminus d’autobus, où, après, nous partions ensemble en autobus jusqu’à Montréal.
Hier matin, alors que je n’étais réveillée que depuis cinq minutes, la puce était descendue dans la salle de bain, un air légèrement moqueur à l’endroit de mon « look du matin » dont les deux yeux dans le même orbite et des cernes jusqu’aux genoux.
- Mélane, pourrais-tu m’attacher les cheveux s’il te plait ?
Ce matin, elle a réussi à se peigner seule, mais n’était pas au bout de ses peines. Nous allions partir et elle butait encore sur la fermeture éclair de son manteau. Heureusement que ses souliers étaient déjà attachés. J’ai fermé la porte et je me suis dépêchée à aller déneiger mon auto, le temps qu’elle finisse de s’habiller.
- Mélane, viens barrer la porte… J’ai pas mes clés.
Évidemment, j’avais oublié ce fait. En courant aussi vite que mes bottes à talons me l’ont permis, je suis accourue à la serrure de la porte de ma voiture pour la débarrer, puis vers la serrure de la porte de la maison pour, elle, la barrer.
Rendues au coin de la deuxième rue…
- Oups ! J’étais pas attachée. Hihi. C’est pas ma faute, mon bras est attaché dans mon manteau, alors je me sens attachée moi !
C’est ça, ris !
Rendues au terminus, on dirait que le fait de sortir le billet de son portefeuille qui était dans son sac était la pire épreuve. Je l’ai trouvé un peu comique, mais quand même, c’est ma petite sœur.
- Mélane… Peux-tu remonter mon sac s’il te plait ?
Ok, la grande sœur va porter le sac de sa sœur en plus du sien.
Ce qui n’est pas pratique pour quelqu’un qui, comme elle, ne peut utiliser son bras durant l’hiver, c’est que les gens autour ne le voit pas. Les personnes que nous croisions ne prêtaient pas attention à ce que ma sœur avait une bosse entre le ventre et la poitrine, ni qu’une des manches de son manteau d’hiver était vide. C’est pas si mal, quand on pense à prendre l’autobus à Terrebonne. J’étais là. S’il n’y avait pas eu de places assises, j’aurais attendu avec elle l’autobus suivant, quitte à arriver en retard au boulot. Si elle avait été très pressée, je serais entrée avec elle, demandant à quelqu’un d’assis de bien vouloir lui céder la place. Je n’oserais pas en tant normal, mais tu le sais comme moi, lorsqu’il s’agit du bien-être de ma petite sœur, j’ai le pouvoir de faire bien des choses.
Hier, même, je discutais avec une collègue de travail de ce qui était arrivé à Maï. Je lui racontais que s’il lui arrivait quelque chose, si elle avait besoin de moi, que je sois en train de faire quoi que ce soit, que je sois n’importe où, même en plein milieu d’une journée de travail, j’allais accourir afin de lui offrir mon aide. Je suis déjà allée la chercher à Sainte-Thérèse ou dans ce coin-là, un soir de fin de semaine, tard dans la nuit, parce qu’elle m’avait appelé en panique, ne sachant pas qui appeler pour venir la chercher. Une situation de conflit avec des gens qui voulaient aller se droguer je ne sais où et faire je ne sais quoi. Belle initiative de m’avoir appelée, j’ai appréciée qu’elle le fasse.
Bref, de retour à ce matin, ça a l’air fou de le dire comme ça, mais j’ai aimé que ma sœur ait besoin de moi. J’ai aimé l’aider. Lorsque nous sommes descendues au métro, elle devait acheter des billets et avait toute la misère du monde à ressortir son fameux portefeuille encore une fois, en retirer l’argent, tenir son sac à proximité et enlever son gant en même temps.
- Donne-moi ça, je vais aller les acheter pour toi.
Quand même, ma sœur a eu 19 ans cette année. Cela fait 19 hivers que je passe avec elle. Cela fait 19 années que je veille de mon mieux sur ma petite sœur. C’est triste comme le temps peut passer vite, comme le sentiment d’inutilité grandit, mais comme en situation déplaisantes, l’aide des personnes près de nous peut faire du bien.
Ah et aussi, j’ai une pensée comique qui me vient à l’esprit. Tout à l’heure, un collègue de travail m’a interpelé en m’appelait « Beauté ». Sur le coup, je n’ai pas réalisé et j’ai répondu à sa question comme à mon habitude. Mais en y repensant, quand il fut parti, je me suis dit : « Wow. Je viens de me faire appeler Beauté par un collègue de travail. ». Cette personne est assez âgée et quelque peu haïssable, alors je n’en ferai pas de cas, évidemment.
Hehe. Ça me fait encore rigoler. J’imagine que certaines personnes auraient pu en être tellement offusquées… Mais moi, ça me fait rire !
J’ai oublié de te dire, j’ai enfin trouvé quelqu’un qui va venir regarder le film Roméo et Juliette, le film québécois, avec moi au cinéma ! Marie-Eve m’accompagnera donc ce soir. J’ai bien hâte de voir à quoi ça va ressembler, il me semble que les critiques étaient bonnes.
À bientôt,
Mélane